auteur inconnu•il y a 4 ans Texte de Bernard Devert - Président d'Habitat et Humanisme SoinLe déferlement de la Covid-19 a mis en exergue les difficultés que connaissent les acteurs de soins, notamment les aides-soignants et auxiliaires de vie, au sein des EHPAD. Ils nous pressent d’agir. Les déserts médicaux et la fermeture des lits ont fait la une de l’actualité. Voici que les établissements de soins sont en recherche de soignants devenus introuvables, les écoles de formation s’inquiétant à leur tour du manque d’élèves. Le monde en blanc deviendrait-il sombre ?Les raisons sont connues, des rémunérations certes insuffisantes. Le Ségur a apporté des améliorations, sans être toutes à la hauteur de ce qui était espéré. Ne serait-ce pas faire injure aux soignants que d’évaluer la cause du malaise à des aspects strictement économiques, même si naturellement ils comptent. Si l’heure n’est plus celle où l’on parle facilement de vocation, il demeure que ne s’est pas éteinte l’idée de l’appel, vocare, aller à la rencontre de la personne en souffrance. La question du sens est trop prégnante pour considérer qu’altruisme et générosité se sont estompés. Ne serait-ce pas l’abîme entre ce qui fut rêvé et ce qui est vécu. Que de bleus à l’âme pour nombre de soignants qui éprouvent alors une réelle tristesse, une déception accompagnée de regrets parfois amers. Qu’est-ce que je fais, je cours !Les horloges imposent leur rythme et sonnent le glas de la tendresse ; que de moments attendus où le soignant pourrait s’asseoir au bord du lit, le temps d’un sourire, d’un partage, d’une écoute. Une gratuité sans prix pour celui qui reçoit le soin et pour celui qui le donne. Inutile de rappeler le minutage des toilettes. Dommage que trop souvent le corps dévoilé ne puisse s’accompagner du possible dévoilement d’une parole toute intérieure. La cause, un manque de temps. Ne se révèle-t-il pas une perte de chance pour le soigné à un moment où il a besoin de trouver, retrouver une aide soutien pour faire face à des angoisses, pour le moins des peurs.Etre soignant, c’est s’engager jusqu’au bout auprès du soigné. Il est de ces heures où il n’y a plus rien à faire, sauf être là pour que le terme de la vie ne soit pas celui d’une omerta, mais d’un silence habité par la présence.Que de deuils, vivent les soignants. Qui prend en compte leur peine traversée par des regrets, des frustrations, parfois de colère pour n’avoir pu être présents comme ils l’auraient souhaité. Ne l’oublions pas, ils sont les petits princes qui, secrètement, vivent un apprivoisement avec les résidents. Cet apprivoisement crée quelque chose d’unique dans la relation à l’égard de laquelle il convient d’apporter une grande attention si on ne veut pas blesser soignés et soignants.Le prendre-soin demande que ses acteurs aient plus de temps pour leur mission. Observons que dans les pays du Nord de l’Europe, les mêmes établissements ont plus d’un soignant par résident alors qu’en France, c’est un soignant pour deux.La décision est politique. Ne pourrait-elle pas être prise en compte lors de la prochaine élection présidentielle ? L’attention à la personne fragilisée par l’âge et la dépendance ainsi qu’à ceux qui ont la noble et lourde tâche de l’accompagner, est une lumière d’humanité pour tous. Quand la vulnérabilité ne mobilise pas, la fraternité s’éteint. Bernard DevertJanvier 2022